Comment trouver le bon paquet Debian: interfaces de recherche de haut-niveau

L’archive Debian est connue comme l’une des plus larges collections de logiciels libres au monde. Avec plus de 16 000 paquets source et plus de 30 000 binaires, les utilisateurs ont parfois quelques difficultés à trouver les paquets qui leurs sont utiles. Le développeur Debian Enrico Zini a travaillé sur l’infrastructure pour résoudre ce problème. Durant la dernière mini-debconf à Paris, Enrico a présenté ce sur quoi il travaillait ces dernières années lors d’une conférence; travaux qui « n’avaient pas encore obtenu l’attention qu’ils méritaient ».

Enrico est connu dans la communauté Debian pour l’introduction des debtags, système de classification des paquets se basant sur des facettes. Chaque facette décrit une propriété spécifique : type d’interface utilisateur, langage de programmation utilisé, types de document manipulés, vocation du logiciel, … Ses derniers travaux s’appuient sur cette classification, et sont disponibles au travers du paquet apt-xapian-index, que ce soit sous Debian ou sous Ubuntu. L’objectif étant de permettre l’interrogation de la base des paquets disponibles au travers de requêtes complexes.

Utilisateurs de apt-xapian-index

Lors de cette présentation, Enrico a évoqué les premières utilisations de ses travaux. La plus connue étant celle proposée dans l’Ubuntu Software Center, à travers sa fonction de recherche renvoyant quasi-instantanément les résultats, et ce grâce à apt-xapian-index. Il ne s’agit là toutefois que d’une utilisation basique, n’exploitant que peu des fonctionnalités avancées fournies par apt-xapian-index.

GoPlay! est également un des premiers à l’avoir adopté, et à en utiliser certaines fonctionnalités avancées. Il s’agit d’une interface graphique permettant de rechercher des jeux. À cette fin, GoPlay! utilise les debtags pour classer les jeux en différentes catégories de sorte que vous puissiez, par exemple, naviguez parmi tous les jeux d’action/arcade 3D ayant un lien avec les voitures. Le concept de GoPlay! a même été étendu jusqu’à devenir un navigateur de paquets plus généraliste se basant sur les debtags. C’est ainsi que le paquet fournit maintenant également GoLearn!, GoAdmin!, GoNet!, GoOffice!, GoSafe!, et GoWeb!.

Autre exemple, Fuss-launcher est un lanceur d’application, et non pas un navigateur de paquets. Mais il utilise également apt-xapian-index, et il est du coup capable, en se basant sur les informations stockées au niveau des paquets, de retrouver plus facilement les applications installées. En effet, les descriptions de paquets sont généralement plus verbeuses que celles contenues dans les fichiers .desktop. Autre fonctionnalité sympathique qu’Enrico a montré à son audience : en faisant un glisser-déposer d’un document dans Fuss-launcher, ce dernier vous dresse la liste des applications pouvant l’ouvrir !

Enfin, apt-xapian-index met également à disposition un outil de recherche en ligne de commande qui est beaucoup plus efficace, et de loin, au traditionnel apt-cache search : il s’agit de axi-cache search (axi étant ici l’acronyme de apt-xapian-index). Enrico fit la comparaison de la sortie d’apt-cache avec celle d’axi-cache, avec comme entrée la recherche de la lettre « r » : tandis que apt-cache énumérait une liste infinie de paquets contenant cette lettre quelque part dans leurs descriptions, axi-cache ne lista que les paquets concernant GNU R. Il fit également une démonstration de la complétion contextuelle automatique : contextuelle car se basant sur les debtags pour raffiner la recherche. En effet, une fois un premier mot-clé tapé, la complétion via la touche Tab ne montre que certains mots-clé ou debtags : ceux permettant de restreindre encore plus la recherche. L’interrogation via des requêtes à base d’opérateurs logiques (AND, OR, NOT, XOR) est également supportée.

Sous le capot

Enrico présenta ensuite les rouages de cette mécanique. Le moteur de recherche Xapian est au cœur de l’infrastructure, et il l’apprécie car il ne s’agit que d’une simple librairie (et non un démon), pourvue de sympathiques bindings Python. Des plugins, également écrits en Python, peuvent venir étendre les capacités d’apt-xapian-index, qui, même si sa fonction principale reste l’indexation des descriptions de paquets, enregistre beaucoup plus d’informations que nécessaires à cette tâche.

Parmi les informations stockées, on compte par exemple :

  • des mots apparaissant dans la description des paquets (ce qui inclut les traductions, dans le cas où l’utilisateur utilise une locale non anglaise);
  • l’origine des paquets;
  • leurs sections;
  • leurs tailles, ainsi que l’empreinte disque une fois installés;
  • leurs dates de première apparition;
  • les icônes, catégories ou descriptions des fichiers .desktop contenus (via app-install-data);
  • les alias d’applications populaires non disponibles sous Linux (par exemple « excel » renvoie au debtag office::spreadsheet).

Enrico a d’ores et déjà prévu d’enregistrer encore plus d’information : ajouter les données du popularity contest (cf. les rapports de bogue #602180 et #602182) lui permettrait ainsi de trier les résultats de manière efficace. En effet, les applications les plus utilisées sont généralement un bon choix en terme de support de la communauté, ainsi que du point de vue de la qualité, précisément du fait de cette large base d’utilisateurs. Stocker les dates de dernière installation/mise à jour/suppression rendrait plus facile la détermination d’une régression, due à une mise à jour d’un paquet particulier.

L’index étant accessible sans restriction, n’importe quelle application peut en tirer profit, sous réserve qu’elle puisse utiliser la librairie Xapian – écrite en C++ mais disposant de bindings Perl, Python, PHP, Java, Tcl, C# et Ruby.

Appel à l’expérimentation

De nombreuses applications utiles reposant sur apt-xapian-index restent encore à inventer, selon Enrico. Il lance ainsi un appel à « l’expérimentation », ainsi qu’à de nouvelles idées. La seule limite pratique à laquelle il s’est confronté est la taille de l’index : entre 50 (Debian unstable sans aucune traduction) et 70 Mo (Debian stable/testing/unstable avec les traductions dans une langue). Il préférerait ne pas le voir dépasser 100 Mo, dans la mesure, d’une part, où le paquet est installé par défaut (étant un paquet recommandé par aptitude), et d’autre part parce qu’il serait mal à l’aise à l’idée d’utiliser plus de 20% de l’empreinte disque d’une installation minimale juste pour ce service. C’est la raison pour laquelle l’index a été configuré pour ne pas stocker la position des mots-clé : il n’est donc pas possible de trouver les paquets dont la description contient le terme « calcul » immédiatement suivi de « statistique ». Par contre, il est possible de trouver ceux contenant les deux mots n’importe où dans leurs descriptions.

Apt-xapian-index offrirait-il trop de libertés ? C’est la question que s’est posé Enrico. Ce qui pourrait expliquer pourquoi si peu de personnes l’ont testé, malgré les nombreux billets sur son blog, dûment documentés avec exemples de code et tutoriaux. Mais il n’est pas difficile d’imaginer d’autres exemples d’utilisation : on pourrait ainsi étendre les fonctionnalités d’outils tels que rc-alert ou wnpp-alert par exemple, qui fournissent une longue liste de paquets Debian cherchant un peu d’aide, et qui sont installés sur la machine. Il serait ainsi possible d’utiliser apt-xapian-index pour restreindre les résultats aux seuls paquets écrits dans un certain langage, ou dédiés à un environnement de bureau particulier.

L’explication la plus probable étant certainement que trop peu de personnes ont entendu parler de cet outil. Il y a bien d’autres cas où les fonctionnalités d’apt-xapian-index pourrait être utile, et, à mon sens, le souhait d’Enrico pourrait bien devenir réalité.

Cet article est une traduction de How to find the right Debian packages: high-level search interface contribuée par Weierstrass01. Suivez moi sur Identi.ca, Twitter et Facebook. Ou abonnez-vous à ce blog par RSS ou par email.